La tranche : l’empreinte discrète de la pièce
La tranche désigne la surface latérale de la monnaie, et en caractérise l’épaisseur. Qu’elle soit libre, lisse, striée, ou gravée d’inscriptions, elle renseigne sur la frappe de la pièce et constitue un marqueur des différentes méthodes de frappe pratiquées au fil des siècles. Elle contribua aussi à renforcer la sécurité monétaire contre le faux-monnayage.
Regardons de plus près ce bord singulier, où la technique rencontre l'art.
La tranche des monnaies circulantes
De l’Antiquité jusqu’au XVIe siècle, rien ne venait arrêter l’expansion latérale du métal au moment de la frappe. Les monnaies frappées manuellement au marteau avaient donc une tranche irrégulière et non inscrite.
Cette rotondité imparfaite commença à être corrigée à partir des XVIe et XVIIe siècle avec la frappe mécanique au balancier.
L’expansion du métal étant alors contenue au moyen d’une virole. La rotondité de la pièce fut alors parfaite, et la tranche impeccable. On put alors la strier ou l’ornementer d’inscriptions (pendant la frappe ou par opération séparée). On vit alors se multiplier les piéforts (apparus au Moyen Âge) dont la caractéristique vient précisément de la tranche, beaucoup plus épaisse : double voire quadruple, lisse ou inscrite.
De nos jours la tranche permet également aux personnes non ou malvoyantes de différencier au doigté les espèces qu’elles utilisent. Enfin, et depuis le XVIIe siècle, la tranche s’achève de chaque côté par le grenetis ou listel qui circonscrit proprement avers et revers de la pièce.
La tranche des monnaies de collection
La tranche est – avec l’avers – l’élément le plus reconnaissable d’une monnaie de collection. En effet – et à la différence des monnaies circulantes – les monnaies de collection présentent une tranche totalement lisse ! Preuve qu’elles ne sont pas destinées à circuler.
Si les piéforts frappés sous l’Ancien Régime ou au XIXe ont pu revêtir du texte ou des cannelures, ceux du XXe siècle se distinguent par leur tranche lisse qui contribua à leur donner ce statut de « monnaie » à collectionner.
Le saviez-vous ?
Sous le règne de Louis XIV, la fraude par rognage qui consistait à limer discrètement les bords des pièces en métal précieux afin d’en récupérer quelques grammes représentait un véritable fléau. Pour y remédier, on inventa la tranche cannelée marquée de stries régulières. Ce détail devenu emblématique permettait de détecter toute tentative de manipulation. Aujourd’hui encore, cette innovation continue d’assurer l’intégrité et l’authenticité des monnaies.