La médaille média méconnu de la communication napoléonienne
L’exposition propose au visiteur de découvrir les fameuses médailles de l’Empereur et les outillages historiques ayant permis de les frapper mais elle va plus loin : avec les objets prêtés par la fondation Dosne-Thiers, elle montre à quel point Napoléon a inspiré, de son vivant et très vite après sa mort, une imagerie et un artisanat populaires qu’on pourrait aisément qualifier aujourd’hui de produits dérivés, expression d’une « napomania » surprenante. Insolites et curieuses ces poupées, ces ombrelles, ces assiettes, tabatières, représentations inédites de l’Empereur se mélangent aux médailles officielles frappées sous l’Empire et par la suite. Se dégage de l’exposition une double lecture : l’histoire de l’Empire au travers de sa représentation sur des médailles et des objets usuels d’une part ; l’usage de ces mêmes objets comme auxiliaires de la propagande impériale.

Salle Dupré : Monnaies et médailles au service de la propagande impériale

Les monnaies et médailles ont exercé sur Napoléon Ier, à l’instar de Louis XIV, une véritable fascination. Il y voit le moyen de magnifier son règne. Bonaparte comprend dans les allées du pouvoir, qu’un « souverain ne survit que par la magie de l’art ». Le « communicant » privilégié de l’Empereur sera Dominique Vivant-Denon. Napoléon lui confiera la responsabilité de la Monnaie des médailles (ancêtre de la Monnaie de Paris) et lui assignera entre autres pour mission de frapper « l’Histoire métallique de Napoléon-le-Grand », une « bio » en bronze pourrait-on dire aujourd’hui. Ainsi le portrait gravé sur un denier d’argent du premier Empereur des Romains Auguste, va servir de modèle à la médaille de la visite du Premier consul à la Monnaie de Paris (1803) et au portrait monétaire provisoire de Napoléon-Bonaparte, premier des Français. (Coll. Monnaie de Paris).

Salle Varin : Une promotion impériale pour la famille et l’entourage
Une nouvelle élite se retrouve à la cour des Tuileries. Des médailles popularisent ces visages comme aujourd’hui les médias fabriquent la notoriété. La nouvelle noblesse d’Empire permet d’asseoir la légitimité de la famille impériale et de renforcer l’autorité fragile des rois que Napoléon porte au pouvoir. On « remet en service » des personnalités de l’ancienne monarchie pour apprendre aux parvenus et aux anciens roturiers les bonnes manières ; n’en déplaise à la maréchale Lefevre qui se présente ainsi : « J’suis la femme à Lefebvre ». On remarque un curieux bas-relief en plomb immortalisant le mariage de Napoléon Ier et de Marie-Louise provenant d’un dessus de porte de la demeure parisienne de l’orfèvre Thomire (Coll. Frédéric Masson, Fondation Dosne-Thiers. Institut de France).

Salle Denon : L’Empereur grave son bilan pour mieux le défendre
La médaille n’est pas seulement dédiée aux grandes figures de l’Empire. Elle a vocation à défendre un bilan. Parmi les institutions qui ont survécu à l’Empire et que Napoléon aura immortalisées par la médaille, on trouve le Code Civil, le Conseil d’Etat, la Légion d’Honneur, la Banque de France, le Musée du Louvre, le rétablissement de la « Monnaie des Médailles », les Ecoles de Médecine ou l’Académie de France à Rome. Aussi, la stabilité ministérielle régira l’équilibre pyramidal. Cet appareil d’Etat napoléonien est bureaucratique, centralisé, répressif et ne sera jamais accepté en Europe. Notons une vue rare du « Salon des Régents » de la Banque de France en 1812 du peintre J.-F. Garneray (Coll. Banque de France).

Salle Duvivier : Les victoires se gravent, les défaites aussi
Napoléon Ier laisse un héritage iconographique et artistique d’inspiration militaire sans précédent : arcs de triomphe, colonnes, portraits du conquérant ont immortalisé les exploits du stratège. A la stratégie militaire répond une stratégie d’influence. Chaque victoire fait l’objet d’une médaille dont des exemplaires partent de Paris vers les grandes capitales de l’Empire. La création du Bulletin de la Grande Armée est révélatrice de l’intérêt impérial pour le moral des troupes, ce bulletin de communication interne avant l’heure verrouille l’information militaire, mobilise le soldat et rassure l’arrière. Napoléon moderne avant l’heure… Les victoires ne sont pourtant pas les seules à être gravées. Anticipant vite l’issue du conflit qui l’oppose à l’Angleterre, Napoléon fait graver une médaille commémorant par avance sa victoire sur la perfide Albion. Le résultat n’en est que plus savoureux quand on sait que la Grande Armée ne foulera jamais le sol anglais. Notons l’original du Traité de Paix de Vienne signée à Schönbrunn (14/10/1809) qui laisse Napoléon seul maître des destinées de l’Allemagne (Archives du ministère des Affaires Etrangères).

Salle Pisanello : Médailles ou communiqués de presse ?

Fêtes du couronnement, distribution de croix, sacre, reconnaissance des cultes, il n’est point d’évènements sous l’Empire qui ne fasse l’objet d’une médaille. Ces frappes sont réalisées dans des métaux nobles : l’or, l’argent, l’airain, en fonction de l’évènement mais aussi des qualités du destinataire. Marque d’attention et outil d’information, les médailles ont aussi une valeur marchande. Aussi, le directeur de la « Monnaie des Médailles », Vivant-Denon, va transférer le secteur des médailles, du Louvre dans une dépendance de la Monnaie de Paris (1807) pour créer en 1811 un « bureau de vente » direct de médailles au public, qu’il installera au n° 8 de la rue Guénégaud. Signalons la maquette en cire sur ardoise au 1/24e de la Colonne Vendôme (1832), du graveur bonapartiste Brenet, que la Monnaie de Paris échangea avec son modèle en cuivre à l’artiste, contre 10kg de platine (Musée de la Monnaie de Paris, dépôt du Musée de la Malmaison).

Salle Arnauné : L’Empereur est déposé, pas la marque
Une série d’objets surprenants et originaux construit à sa façon la légende populaire de Napoléon à l’instar des produits dérivés qui font aujourd’hui la prospérité et la longévité des grandes marques. La plupart de ces objets seront réalisés entre 1814 et 1914. S’y épanouissent des ombrelles au pommeau impérial, des poupées de chiffon, des assiettes en faïence de Montereau ou de Choisy, des gourdes en noix de coco ouvragées à la gloire de l’Empereur, des éventails, des cartes à jouer, des sulfures, des boîtiers de montre, des bouteilles, des pichets, des verres, des pots à tabac, etc… On trouvera même une poupée à l’effigie de l’Empereur : elle a les yeux bridées et vient du Japon…